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un extrait de la

Je suis né en 1970 à Douai, dans le Nord de la France.

Je n’ai pas été baigné dans la musique classique dès mon plus jeune âge. Mes parents écoutaient de la variété française, parfois internationale. Pourtant, mon père, grand admirateur de James Last, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre d’un groupe de musiciens portant son nom, écoutait des arrangements de partitions classiques qui attiraient mon oreille.

Les années passèrent. Vint 1989, j’avais juste dix-huit ans, lorsque la prestigieuse Deutsche Grammophone publia une compilation d’œuvres dirigées par Herbert von Karajan. Immédiatement, j’ai acquis le disque qui tourna en boucle. On pouvait y entendre les oeuvres les plus populaires, de l’ouverture de « Carmen » de Bizet au dernier mouvement de la neuvième symphonie de Dvorak. J’étais fasciné par les mélodies, par les sons de l’orchestre philharmonique de Berlin, il m’en fallait plus !

La première oeuvre complète que je possédai fut « Les Quatre Saisons » de Vivaldi, toujours interprétées par Karajan. Puis du Beethoven, la dynastie des Strauss…



Ma première grande révélation fut Richard Strauss, dont les partitions ne sont pas si faciles que cela à appréhender.

Mon grand-père a eu la chance de fréquenter la même école de Waziers que Georges Prêtre, illustre chef d’orchestre qui enregistra beaucoup avec Maria Callas dont il devint le chef d’orchestre préféré, et qui dirigea en 2008 l’inoubliable et célébrissime Concert du Nouvel An, à Vienne.

Pour l’anecdote, mon grand-père m’avoua un jour avoir assisté à l’un de ses premiers concerts, alors que le chef d’orchestre était en culottes courtes pour diriger quelques autres camarades !

L’un de ses concerts fut retransmis sur une chaîne de télévision belge, il y dirigeait l’orchestre symphonique de la ville de Vienne, dans des partitions de Puccini, Johann Strauss et… Richard Strauss, dans ses célèbres suites de valses tirées de son opéra « Le chevalier à la rose ». Ces valses m’enchantèrent immédiatement. Le compositeur, qui mourut en 1949, avait laissé une quantité impressionnante d’œuvres, toutes plus fascinantes les unes que les autres. Il me fallut alors acquérir des enregistrements (encore Karajan au pupitre !), dont « Ainsi parlait Zarathoustra » qui reste le poème symphonique de référence, tant les mélodies et l’orchestration sont poignantes. Suivirent « Don Juan », « Don Quichotte »… Je venais de réaliser que les compositeurs « modernes » m’attiraient bien plus que les compositeurs plus classiques, parce qu’ils utilisaient un orchestre souvent démesuré et avaient appris à manier chaque instrument avec brio.

Ma seconde grande révélation fut Gustav Mahler, dont les partitions sont plus rares (il composa neuf symphonies achevées, les esquisses d’une dixième, deux oratorios, des lieder pour orchestre ou piano) mais ensorcelantes de grandeur et d’émotion.

J’assistai à la diffusion du « Maître de musique », film avec José van Dam, grand baryton belge. J’entendis alors le « Ich bin der Weld abhanden gekommen », lieder avec orchestre tiré des « Rückert-Lieder » et un extrait du mouvement lent de sa quatrième symphonie dont je tombai immédiatement amoureux.

J’avais de ce compositeur, bien avant cela, une image particulière car j’avais entendu parler de ses longues symphonies aux mouvements, eux aussi, fort longs… Mon image de Mahler changea radicalement et j’acquis rapidement l’intégrale de ses symphonies, dirigées par Leonard Berstein, son plus grand interprète. En outre, en apprenant quelques éléments sur sa vie, je découvris que l’homme, qui mourut à 51 ans, connut une vie dramatique : il perdit sa petite fille. Un destin si tragique ne pouvait que sublimer sa musique. Celui qui composa les « Chants pour des enfants morts » avait tragiquement provoqué le destin qui ne lui pardonna rien. Si mes symphonies ont, elles aussi, des durées conséquentes, je suis persuadé que la raison vient de là : tant de thèmes peuvent être développés, tant d’instruments peuvent être utilisés…



J’ai eu la chance de rencontrer des gens formidables et à la renommée internationale, notamment durant les années où j’étais régulièrement invité à assister aux Victoires de la musique classique, à Paris. Mstislav Rostropovitch, Manuel Rosenthal, Marcel Landowski, Barbara Hendricks, Roberto Alagna, Angela Giorghiu, Nathalie Dessay, Patrice Fontanarosa, Françoise Pollet… En dehors de ces Victoires, ce furent Charles Dutoit, Krystof Penderecki, Neeme Järvi, Hélène Grimaud, Georges Prêtre, Henri Dutilleux, Daniel-Lesur, Jean-Claude Casadesus, Joshua Bell…



Je ne peux pas dire que j’aie été influencé par un quelconque compositeur, tant j’ai déjà entendu d’oeuvres de toutes les époques. Eliminons immédiatement l’époque baroque qui ne m’attire pas. J’apprécie pourtant Handel, Vivaldi, Bach, sans pour autant en être passionné. Mozart n’est pas dans mes préférés, même si je reste subjugué par certaines de ses partitions. Dès Haydn ou Beethoven, ma passion commence. L’un fut capable de composer, entre autres, plus de cent symphonies, l’autre de n’en composer que neuf qui sont d’une audace et d’une beauté incomparables. Bizet est un génie de l’orchestration (sa symphonie et sa partition de « Carmen » sont exemplaires, toutes les notes sont nécessaires et aucune n’est superflue), Berlioz, un maître, qui fut en plus capable de communiquer son savoir au travers d’un traité aussi impressionnant qu’utile – à noter que je ne suis pas toujours d’accord avec ses opinions sur l’orchestration, mais j’aborderai ce point un peu plus tard. N’oublions pas Ravel, un subtil musicien, Sibelius, l’un des premiers grands maîtres à savoir manipuler des ensembles colossaux, et Bernstein, un compositeur classique encore méconnu qu’on limite à « West side story », partition magnifique. Philip Glass, l’un des minimalistes, m’enthousiasme : il ose la simplicité quand tant d’autres se vautrent dans des partitions sans mélodie ni harmonie. Je suis de ceux qui considèrent que les choses simples sont les plus belles. Elles vont droit au cœur, elles n’ont pas besoin d’être analysées et décortiquées par le cerveau pour être assimilées et comprises. Les mélodies les plus simples ont fait les airs que nous fredonnons souvent, les plus complexes restent l’intérêt d’une minorité. Je ne suis pas minimaliste, même si j’apprécierais de me frotter au style. J’ai toujours privilégié les mélodies : ce qui n’est pas chantant ne peut s’immiscer dans l’une de mes partitions. Je chante les airs avant de les coucher sur le papier, c’est ainsi que je trouve l’inspiration et que les mesures se succèdent les unes aux autres. J’ai pris un plaisir immense en composant deux partitions destinées, entre autres, à un public d’enfants : « Les Axelérations » et « Le Roi Clément ». Créer des mélodies agréables et simples sans être stupides n’est pas toujours aisé.

Je m’inspire de l’un ou de l’autre compositeur pour adopter une forme qui m’a convaincue (j’ai déjà prévu de composer, par exemple, une symphonie avec choeur final comme le firent Beethoven et Mahler).

Je suis un autodidacte : je n’ai jamais subi aucun cours de musique, hormis au collège, avec l’attention que tout adolescent y porte ! Pour comprendre et apprendre la composition, j’ai étudié des partitions et surtout les traités d’orchestration de Rabaud, Berlioz et Widor. Berlioz reste le plus classique, les deux autres ajoutent de la modernité aux concepts du premier. Le mariage des instruments entre eux reste un avis subjectif. Lorsque Berlioz déconseille l’usage de la grosse caisse pour accompagner certaines notes, je ne suis pas d’accord. J’ai violé sa recommandation et le résultat obtenu fut des plus charmants. Il ne faut pas mêler des concepts trop théoriques à la musique et il est nécessaire de renoncer à certains principes : la musique se vit, elle ne se calcule pas.

L’autodidacte peut se vanter de ne subir aucune influence. Toutefois, il faut reconnaître que l’assimilation des informations est fastidieuse. Les instruments sont foison, ils ont chacun leurs limites et il convient de savoir les utiliser sans les brusquer, au risque d’obtenir des sons désastreux ! Tout l’art est là : manipuler l’orchestre avec beaucoup de douceur, même dans les moments les plus violents d’une partition.

Je regrette de ne savoir jouer d’aucun instrument, j’aurais sans doute su composer avec beaucoup plus d’aisance et de rapidité. Qu’importe : je prends le temps d’écrire et modifier chaque mélodie pour un résultat à chaque fois exigeant.

C’est grâce à des logiciels extraordinaires que je peux offrir des sons à ma musique. Tout un orchestre symphonique peut sortir d’un ordinateur avec des résultats impressionnants. Grâce au logiciel Finale ®, qui permet d’écrire les partitions, grâce au Garritan Personal Orchestra ®, qui permet de donner un son réel à chaque instrument et grâce au Symphonic Choirs ®, qui interprète les paroles comme un choeur le ferait, je peux laisser libre cours à mon imagination comme à mon inspiration. Rien n’est désormais impossible et les résultats obtenus sont bien au-delà du satisfaisant : ils sont incroyables.

J’utiliserai ces logiciels jusqu’au jour où, enfin, de vrais instruments interpréteront ma musique, cela reste mon souhait le plus cher.

Je suis toujours satisfait du résultat obtenu, mais cela ne dure qu’un temps ! Déjà, j’ai réorchestré ou arrangé plusieurs de mes partitions : l’ « Adagio mélancolique pour violon et orchestre à cordes » est devenu une pièce pour grand orchestre à cordes (j’ai abandonné le violon que j’avais mal utilisé, en l’exploitant essentiellement dans les aigus), le « Concerto pour deux flûtes et orchestre à cordes, avec harpe » est devenu le « Concerto pour piano » en passant par la forme d’un octuor. J’envisage de retravailler le « Boléro frénétique » : pour m’écarter encore davantage de celui de Ravel, je pense à un début interprété par l’ensemble de l’orchestre, et notamment les cordes que j’ai peu utilisées dans la partition : elles se contentent essentiellement de rythmer le boléro à force de pizzicati.

Mes partitions les plus abouties sont aujourd’hui « Les Axelérations », « Le Roi Clément », le « Requiem », le « Credo », ma seconde symphonie et le « Concerto pour piano et orchestre ».

Durant l'été 2008, j'ai entrepris de retravailler l'orchestration de mes oeuvres (certaines m'ont demandé beaucoup de travail et le résultat est aujourd'hui satisfaisant) et de les réenregistrer.

Composer un « Requiem » comme première oeuvre chorale relève certainement de la prétention, d’autant qu’il atteint une durée exceptionnelle : plus de deux heures. Sans me comparer au grand maître, je tiens à rappeler que Berlioz composa le sien alors que ce n’était que son cinquième opus et le résultat était éblouissant. L’écriture de mon Requiem relevait surtout du défi : je n’envisageais pas d’écrire cette partition à la fin de ma vie, au risque d’être incapable de la terminer. Mozart en sait quelque-chose. Les circonstances de ma propre vie m’avaient encouragées à le faire : je souhaitais dédier une grande oeuvre à ma chère grand-mère qu’un cancer allait finalement terrasser. Je ne lui en parlai jamais, bien qu’il fût terminé avant son décès. L’échéance ne méritait pas de lui être rappelée.

S’il me fallait annoncer mes prochaines intentions, je réécrirai le boléro, composerai certainement une troisième symphonie et une messe.

 

QUAND LES NOTES S'AIMENT ET SE RETIENNENT