2 Janvier 2010 ___________________________________________________________________________________________________
Georges Prêtre à Vienne : un inestimable talent
Pour la deuxième fois de l'histoire des Concerts du Nouvel An en direct de Vienne, l'immense chef d'orchestre français Georges Prêtre fut mis à l'honneur. On pouvait craindre l'envie de reproduire le programme du premier qui reçut les meilleures critiques : il n'en fut rien. Le programme fut aussi enivrant, les chef fut encore plus souriant et heureux d'offrir ce moment, la distinction était au rendez-vous et n'a déçu personne.
Il est difficile pour nous, français, d'offrir une vision qui soit la plus objective possible, et pour moi, encore plus. J'ai, pour l'homme et l'artiste, une admiration sans faille qui me conduit vraisemblablement à ne voir et entendre que le meilleur. Soit. Quand les critiques confirment mes positions, je suis rassuré.
Oser mettre une touche française à ce concert plus viennois qu'international, il faut le faire. Le maître ne s'en prive pas, et Offenbach s'invite à la fête. Les Strauss sont magnifiques et n'hésitèrent pas, en leur temps, à reprendre les mélodies du compositeur qui vécut à Paris si longtemps. Les musiciens et le public avaient envie de danser, les sourires s'imposaient sur tous les visages : quand le plaisir est trop grand, il est impossible de le dissimuler.
En Novembre, un grand hommage fut rendu à Georges Prêtre dans sa ville natale du Nord de la France : Waziers. J'y étais. J'ai eu la chance de rencontrer à nouveau le maître qui me dédicaça mon exemplaire du DVD du Concert du Nouvel An 2008 : inestimable. L'homme n'a rien d'une diva. Ses racines simples et ouvrières crèvent les yeux, embellies par tous ces talents qui ont jalonné sa vie. Celui qui fréquenta si régulièrement Maria Callas ou Francis Poulenc ne peut que m'impressionner.
Si ce fut sans doute la dernière fois qu'il foulait la terre de sa ville natale, ce fut pour moi un honneur infini de le revoir. Jusqu'à la prochaine fois...
30 Mai 2009 ___________________________________________________________________________________________________
Musique classique : toujours dans le coup ?
Par curiosoté, je suis allé sur le plus utilisé des moteurs de recherche (Google) et me suis intéressé aux informations qui étaient communiquées dans le domaine de la culture, au travers de Google Actualités. Non pas que je considère Google comme un élément essentiel de l'information, mais il s'agit de la page la plus utilisée par les internautes, aussi, le média n'est pas à laisser de côté.
Johnny Hallyday, la famille de Carla Bruni, Susan Boyle (cette dame anglaise sans charme mais à la voix surprenante), Charlotte Gainsbourg, Angelina Jolie, Britney Spears et le rachat de TMC et NT1 par TF1. Pas un mot, pas une syllabe, pas une virgule qui frôle, de près ou de loin, la musique classique. Seulement du lourd et du sensationnel. Où est donc passée cette musique qui me fait tant vibrer ?
Il faut bien l'avouer : si ce n'est dans les salles de concert ou dans les opéras, la musique n'a plus la côte. On préfère les morceaux de trois minutes trente à l'heure et dix minutes de la IXème de Beethoven, et je n'ose imaginer ce qu'on ressent pour les presque deux heures de la IIIème de Mahler. Il faut du court, du rapide, une musique qui se retienne facilement, qui ne demande aucun effort, on finira bien par enregistrer les paroles sans beaucoup d'exercice.
Certains médias osent encore un peu, mais pas beaucoup : RTL assure une émission hebdomadaire animée par Alain Duault, France 2, France 3 ou Arte proposent, de temps en temps, la retransmission d'un concert ou accordent quelques dizaines de minutes à une émission noyée dans l'heure tardive de la nuit, et quelques stations survivent, dont France Musiques et Radio Classique. Alors, parce que cette dernière station de radio est incomparable, parce qu'il fait bon s'y abandonner plusieurs heures durant, cliquez sur ce lien, il vous conduira là où l'on ne va désormais plus, là où l'on ne nous conduit plus, là où l'on pourrait croire qu'il n'y fait pas bon vivre. Et pourtant... c'est sans doute ce qu'on entend au paradis.
4 Mai 2009 ___________________________________________________________________________________________________
Téléchargement et légalité, acte II
Quand une loi, initialement destinée à protéger les artistes, devient un piège pour les internautes, nous devrions nous interroger sur la sagesse de nos hommes politiques et leurs décisions. Parce qu'il s'agit plus d'un piège qu'une véritable intention de bien faire, il est de notre devoir, à nous, citoyens, de nous ériger contre l'appareil législatif. Pas seulement en signant une pétition qui finira dans une corbeille à papier, mais en manifestant activement notre incrédulité.
Comme beaucoup d'autres, je ne comprends pas qu'on s'en prenne à moi, simple concitoyen du pays des droits de l'homme, en me reprochant de piller la création artistique, alors que nos chers producteurs de musique n'ont jamais réalisé autant de bénéfices. Les salles de cinéma ne désemplissement pas, la fréquentation est en hausse chaque année et ce ne sont pas les quelques dizaines de milliers de téléchargements cinématographiques qui tuent l'industrie du film. D'ailleurs, savez-vous que ce sont ceux qui téléchargent le plus de films qui fréquentent le plus les salles obscures ? Paradoxal et pourtant... vrai !
Notre ministre de la culture a beau nous expliquer que désormais, le délai de parution d'un film en DVD après sa sortie au cinéma a été raccourci à quatre mois (au lieu de six), il n'empêche que débourser 25 euros pour un DVD et 30 euros pour un blu-ray reste honteusement excessif. La loi est destinée à sanctionner, elle ne cherche ni ne propose de solution alternative au téléchargement illégal.
Quand un règlement, dans une entreprise, démontre son inefficacité, on change le règlement. Quand une organisation démontre sa médiocrité, on change l'organisation. Quand une équipe ministérielle est arrivée au bout de ses capacités, on change les ministres et parfois la politique gouvernementale. Quand une loi a démontré sa bêtise... il n'est point nécessaire de terminer la phrase, tout être sensé saura le faire !
14 Mars 2009 ___________________________________________________________________________________________________
Téléchargement et légalité
Le gouvernement français légifère. A force de pressions de la part des maisons de disques et des producteurs de cinémas, la traque aux internautes téléchargeurs a commencé. Le verdict est sévère : on ne propose aucune alternative, on interdit, c'est tout.
D'abord, un mot pour le cinéma. Les internautes qui téléchargent le plus de films sont ceux qui fréquentent le plus les salles obscures. Leur interdire le téléchargement ne changera rien ou pas grand-chose : que les producteurs calment leurs ardeurs, ils ne seront pas plus riches demain.
La musique. On nous répète que nombre de découvertes artistiques n'ont pu être réalisés, car les moyens des maisons de disques sont trop peu importants pour leur consacrer de l'argent. De qui se moque-t-on ? De tous temps, à toutes les époques, les talents ont surgi, qu'ils soient financés ou non. Le producteur de musique ne prendrait pas le risque de rater une opportunité. Se réfugier derrière le manque de moyens est une hypocrisie flagrante. La quête de la rentabilité est la véritable réponse à cette frilosité honteuse : produire des artistes, d'accord, mais il faut qu'ils rapportent beaucoup d'argent et rapidement. Qu'on télécharge ou pas leur musique ne tue pas le talent. D'ailleurs, n'est-ce pas le meilleur moyen de se faire connaître ? Créer l'envie, créer l'intérêt, voilà ce qui fait naître des artistes, pas un CD. La réputation conduit aux concerts qui peuvent s'avérer très lucratifs et démontrent les talents d'un chanteur : les faiblesses vocales sont mises à nue, on juge vraiment de la performance.
Ces messieurs les producteurs pourraient aussi être plus ingénieux et novateurs : l'offre de téléchargement légal est honteusement onéreuse, presque autant qu'un support physique ! Où est l'intérêt de l'internaute ? S'il veut télécharger, il n'y réfléchira pas à deux fois, la version payante étant inaccessible. Un forfait avec l'abonnement auprès du fournisseur d'accès à internet, voilà qui serait intéressant. Les méninges ne demandent qu'à fonctionner. En attendant, ma musique reste gratuite et téléchargeable à volonté : vous ne risquez rien en le faisant.
15 Février 2009 ___________________________________________________________________________________________________
Défaites de la musique classique, version 2009
L'audience fut calamiteuse. L'horaire de diffusion, dans l'après-midi, y est-il pour quelque-chose ? Peut-être pas : le nombre de télespectateurs était sensiblement le même l'année dernière.
Les moyens étaient pourtant bien présents : le grand ténor Roberto Alagna fut le parrain de la cérémonie et a entonné des airs très célèbres, ce qu'il faut pour attirer un public moins sensible à la grande musique. Pourtant, voilà : la musique classique n'attire plus les foules et, reconnaissons-le, conquiert de moins en moins de jeunes. L'heure est désormais aux rythmes électroniques, c'est cette simplicité de rythmes qui attire les oreilles des débutants.
Si les places de concerts se vendent encore comme des petits-pains, elles n'attirent qu'un public aisé et averti. D'ailleurs, qui peut s'offrir des places aussi chères ? Pas notre jeunesse. La baisse du pouvoir d'achat n'y est pour rien : il y a de cela dix ans, le prix des places était déjà difficilement accessible. Certes, il ne s'agit pas d'aller applaudir un chanteur et deux ou trois musiciens : cette fois, nous parlons souvent d'un orchestre d'une centaine de personnes impeccablement habillées, qui ont travaillé des journées entières pour arriver à un beau résultat sonore et artistique. Cette foule, qui mérite son salaire, nécessite des rentrées d'argent conséquentes : les miracles n'existent pas.
La cérémonie est condamnée à mourir. Plusieurs années durant, j'ai eu l'occasion d'y être invité, alors qu'elle se déroulait toujours à Paris. Le rythme en était très différent. L'audience, même si elle était frileuse, ne déméritait pas pour autant. L'époque était différente. On ne se contentait pas de récompenser des inconnus, on créait du spectacle. Aujourd'hui, plus rien de tout cela : le désintérêt et l'élitisme sont venus à bout de cette belle histoire. Dommage, car elle était vraiment belle.
4 Février 2009 ___________________________________________________________________________________________________
Musique classique du XXème siècle : faut-il vraiment l'aimer ?
D'abord, une précision : j'entends bien, par XXème siècle, les années 1900 à nos jours, sans oublier que nous sommes dans le XXIème...
Lorsque j'ai entendu, pour la première fois, une oeuvre de Pierre Boulez, j'étais encore un novice dans le domaine. Je me suis demandé si je devais aimer ou non cette musique et, d'une certaine manière, s'il s'agissait vraiment de musique. Parce qu'il ne suffit pas d'assembler des notes pour qualifier le résultat ainsi. Vraiment, il me fallait prendre une décision, d'autant que j'appréciais des oeuvres de compositeurs du XXème siècle comme Richard Strauss. Alors, non, il n'était pas possible de me prononcer aussi catégoriquement. Si Strauss, Mahler, Ravel sont des incontournables, tous ne le sont pas.
Le XXème siècle a été le siècle du pire comme du meilleur. Sous prétexte de modernité, la musique s'est enrichie - quel paradoxe - de visionnaires, de testeurs, d'inventeurs d'une façon originale de mélanger les notes et créer une partition. Sous le couvert du dodécaphonisme, on a créé des horreurs que seules des oreilles farfelues peuvent écouter : aucune mélodie, pas de rythme défini, des dissonnances permanentes...
Et comme le monde n'accouche pas que de personnes stupides, d'autres se sont illustrés de façon magistrale. Grâce à des orchestres qui ont gagné en puissance et en sonorité - ils sont devenus gigantesques et n'imposent aucune limite aux compositeurs - des grands hommes comme Penderecki ont été capables de nous offrir des chefs d'oeuvres : je pense à sa Septième Symphonie, au Thrène pour les victimes d'Hiroshima... Gorecki a composé une symphonie - sa troisième - qui est l'une des plus poignantes du répertoire symphonique. Ned Rorem, avec sa pièce Tattoo, utilise des couleurs presque irréelles pour un résultat impressionnant. Bernstein, le grand, a été l'auteur des Songfest, un indispensable du répertoire américain. La liste pourrait s'allonger, les exemples sont nombreux. Alors, oui, la musique du XXème siècle mérite qu'on l'aime. Presque toute la musique du XXème siècle.
24 Janvier 2009 ___________________________________________________________________________________________________
Américain et musicien, belle rime, mais...
Qu'a apporté l'Amérique d'Obama à la grande musique ? Si le pays se veut la première puissance mondiale, a-t-il offert jusqu'à maintenant un compositeur qui restera dans l'histoire, alors que les continents européen et russe en offrent, à eux seuls, un nombre impressionnant ?
Aaron Copland, dont Bernstein disait qu'il était ce qu'ils avaient de mieux, a composé quelques belles pièces. Si ce n'est sa musique de ballet "Appalachian Spring", un bijou, la partition de "Rodeo" est des plus charmantes. L'orchestration est maîtrisée et les mélodies sont ravissantes.
Samuel Barber a laissé une oeuvre pour la postérité : son célèbre adagio pour cordes est devenu un hymne. Qu'il s'agisse du cinéma ou de l'accompagnement de moments douloureux, sa musique tombe toujours au bon moment et sonne incroyablement juste.
George Gershwin, un maître dans l'art d'écrire des mélodies dansantes et joliment jazzy, a eu la chance de voir ses partitions orchestrées par Ferde Grofé, le compositeur inoubliable de la suite Grand Canyon : une merveille.
Enfin, le maître absolu : Leonard Bernstein. Oublier de parler de West Side Story serait un outrage. Toutefois, le cantoner à cette unique comédie musicale est injuste. "Candide" est superbe, les "Songfest" sont incontournables. "To what you said", sur un poème de Walt Whitman, est un joyau de mélodie et d'émotions. En plus d'être un grand compositeur, Bernstein reste le plus grand interprète de Gustav Mahler.
Obama peut être fier de ses musiciens, dans tous les cas, certains d'entre eux m'ont conquis.
15 Janvier 2009 ___________________________________________________________________________________________________
Concert du Nouvel An 2009 : peut mieux faire !
Si l'année 2008 vit l'un des plus beaux Concerts du Nouvel An, en direct de la prestigieuse ville de Vienne, que dire de celui de cette année ? Daniel Barenboim, pourtant un grand chef d'orchestre, n'a pas excellé dans cet exercice qui semble si facile. Les valses et les polkas, tellement connues, ne sont pas que des pièces légères. Dans chacune des mélodies, la subtilité s'impose et oblige le chef d'orchestre à des prouesses qu'il aurait tendance à rapidement oublier.
Il ne s'agit pourtant pas que de cela : les pièces choisies, leur ordre et leur pertinence font tout le spectable. Si Georges Prêtre fut un maître en la matière, Daniel Barenboim n'a surpassé aucun de ses prédécesseurs. Je n'ai perçu aucune originalité, aucun génie, de la maîtrise, certes, mais cela ne suffit pas à rendre le spectable inoubliable.
Qu'on ne se méprenne pas : il n'y a aucun chovinisme dans mes préférences. Ma rencontre avec Georges Prêtre il y a quelques années, qu'il ait été l'un des camarades de classe de mon grand-père maternel ne change rien : les critiques furent unanimes. Et quelle élégance ! L'homme était impeccable de prestance et de courtoisie, nous ne pouvions qu'être sous le charme.
Alors, je choisis de me conforter dans le passé et garde en mémoire, pour de nombreuses années encore, j'en suis persuadé, le prodige de l'an dernier : que nous revienne rapidement Georges Prêtre à la tête de ce concert incontournable !